Enfant, de mon jardin, je pouvais voir le fleuve Jaune. Les ombres des nuages qui cheminaient à la surface de l’eau ressemblaient à d’immenses fleurs mouvantes. Les bateaux à l’horizon, qui naviguaient parmi leurs pétales, me faisaient penser à des grains de riz. De l’autre côté du fleuve se dessinaient les cimes des montagnes, qui fuyaient à l’infini et disparaissaient dans le brouillard, entraînant mes pensées. Les vents changeaient leur direction, m’arrachaient à mes rêveries, et c’est ainsi que la nouvelle vision de la nature environnante m’apparaissait.
La nature se déployant à ma vue est une métamorphose en perpétuelle évolution. Je fus donc saisi par la petitesse de mon être dans cet espace fabuleux.
Avec un peu d’encre, d’eau et de couleur, le pinceau glisse sur le papier en laissant des traces qui se transforment, se lient, se rencontrent, se séparent… Faire de l’encre de Chine, c’est entrer dans une autre dimension du temps et de l’espace où la profusion de l’encre, avec la rapidité d’un éclair en couches planes, permet de fusionner avec la profondeur. Une simple feuille de papier de riz permet de retranscrire la fluidité et l’incertitude de la nature envahissante.
Silence. Mon attention est attirée par une goutte d’eau faisant frémir la surface tranquille du lac non loin d’ici. Elle est comme une goutte d’encre qui pénètre dans la feuille. La sérénité est désormais rompue : une par une elles tombent, fondent, se diluent, s’imprègnent, changent de rythme… Les gouttes, véritables notes musicales, créent une symphonie au son de bambou.